La liberté de la presse au féminin

 À l'occasion de la célébration de la 34e édition de la journée mondiale de la liberté de la presse ce 3 mai 2025, le Réseau des journalistes culturels du Cameroun a organisé une conférence pour discuter de la place des femmes dans l'univers médiatique 

La salle de spectacle de l'Institut français du Cameroun antenne de Yaoundé a accueilli professionnels et aspirants au métier de journaliste ce jour. Pendant un peu plus de deux heures, quatre femmes connues du paysage médiatique camerounais ont partagé leurs expériences autour de la thématique qui les réunissait : « Femme journaliste réalités et défis d'autonomisation». 

De gauche à droite Rashel Malongo, Evelyne Mengue à Koung, Céline Victoria Fotso, Serge Banyimbe et Laurentine Assiga 

Rashel Malongo, il faut être travailleuse et irrévérencieuse 

C'est sur une scène d'un événement malheureux que la journaliste en service à la Crtv et au service de la communication du Sénat va débuter son propos. Pour illustrer les abus dont peuvent être victimes les femmes dans les médias, Rashel Malongo va partir d'une histoire personnelle vécue lorsqu'elle n'était que stagiaire. En effet d'après ses propos, un de ses collègues de sexe masculin aurait tenté une fois de lui faire un bisou sur la bouche, chose qu'elle n'a pas accepté et a asséné une gifle à ce collègue. Cas d'école pour mettre en lumière les différents conseils qu'elle va par la suite prodiguer à l'assistance. « Le travail c'est la valeur sûre, être irrévérencieuse c'est être un tout petit peu brutale sur les bords, ne pas se laisser marcher dessus,soyez sûres de vous. On est femme mais ce n'est pas une excuse, le chemin que vous ouvrez ce n'est pas pour vous, mais pour toutes celles qui viendront après vous». 

Evelyne Mengue à Koung, faire preuve de professionnalisme 

Le Dr Evelyne Mengue à Koung enseignante de journalisme, directeur des rédactions télé à la Crtv et présidente de l'Union de la presse francophone (UPF), antenne du Cameroun était la dernière des intervenants à prendre la parole. Elle a insisté sur les diverses casquettes que portent les femmes, journalistes surtout. Elle a préconisé d'avoir une personnalité forte lorsqu'on est journaliste pour éviter certains pièges. Le Dr Evelyne Mengue à Koung a également mentionné au cours de sa prise de parole le côté incertain du journalisme: « L' une des choses que ce métier vous apprend ce sont en les commencements, les recommencements. Vous avez beau écrire un bon article aujourd'hui apprécié et applaudit par tout le monde si demain vous faites un faux pas, on vous jette dans la poubelle, on oublie tout ce que vous avez fait». Et quand à l'autonomisation de la femme journaliste, la présidente de l'UPF Cameroun recommande de ne pas sacrifier une chose pour une autre, apprendre à faire le juste milieu : « Il faut être professionnelles, de sorte que lorsque vous être au travail que votre travail parle pour vous, vous ne venez pas au travail pour faire la fille, il faut entrer dans le métier en misant sur l'atout professionnel et vous pouvez également jouer sur vos atouts personnels de femmes mais toujours être astucieuses».

Céline Fotso, le défi de cheffe d'entreprise 

La propriétaire du média en ligne Je Wanda est venue partager son expérience en tant que patronne de média, elle qui n'est pas journaliste de formation. Les femmes dans les médias d'autant plus lorsqu'elles sont patronnes sont également confrontées à des défis. « La difficulté que j'ai eue c'était plus le côté jeune, j'ai souffert de faire 10 ou 15 ans de moins. J'ai parfois eu plus besoin de m'affirmer en tant que fille de mon âge. Si on dit que c'est une jeune fille on la situe par rapport à un tel niveau dans la vie, un tel niveau intellectuel. On ne peut pas ignorer comment les autres pensent mais c'est à nous de prendre les devants dans comment on s'impose. Il faut pouvoir s'affirmer professionnellement. Lorsqu'on passe les a priori du genre, la compétence rend d'accord». 

Laurentine Assiga, il faut avoir une vision 

La présidente du Réseau des journalistes culturels du Cameroun et rédactrice en chef du magazine people Nyanga à l'initiative de cette conférence a également partagé son expérience depuis l'obtention de son premier emploi au quotidien Mutations étant en deuxième année de journalisme à l'ESSTIC jusqu'à son ascension dans le journalisme. Et ce qui compte pour elle c'est l'objectif, la vision. « Il faut avoir une vision, il faut savoir quand vous entrez dans ce métier ce que vous allez chercher, quel type de journaliste on veut être, il faut se donner des principes. En tant que femme journaliste même si on vous envoie faire des chiens écrasés faites-les mais en y mettant une plus-value. Il faut être travailleuse et ne pas laisser sa condition féminine prendre le dessus parce que parfois nous les femmes on se trouve des excuses pour ne pas faire le travail et ce sont des arguments pour les misogynes. En tant que femmes journalistes il faut éviter de se caser dans les moules qu'on a décidé pour nous». 

Le seul coq de la basse cour 

Le panel ce samedi 3 mai n'était pas que constitué de femmes, un homme se retrouvait au milieu d'elles. Il s'agit de Serge Banyimbe qui occupe le poste de chef de la cellule communication et information au bureau régional de l'UNESCO pour l'Afrique centrale. Son intervention était relative aux politiques menées par l'UNESCO dans le sens de la protection de la condition de la femme journaliste. « Le journaliste est une personne en vitrine et la femme lorsqu'elle est en vitrine doit plus que l'homme répondre à un certain nombre d'exigences. Ce que nous faisons c'est effectivement d'encourager à mettre en évidence cette vulnérabilité particulière de la femme et encourager des actions qui visent à réduire cette vulnérabilité pour la positionner en tant que femme des médias au même titre que l'homme. Il faut montrer qu'il est possible de surmonter les difficultés qui sont propres à la condition de la femme dans le milieu des médias. Nous encourageons les associations à produire des documents en montrant les types de violence que subissent les femmes dans le journalisme». 

Les échanges se sont terminés sous fond de causerie éducative avec la phase des questions-réponses et ont permis d'en apprendre davantage sur les défis de la femme dans le métier de journaliste. 



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